Enfant, je voulais toujours faire des économies, comme mes parents, pour être riche plus tard

Camembert et vin rouge

      Mon papa aimait bien jouer du banjo, boire un p’tit coup, chevaucher le cheval de Tonton. Il était très épicurien et, pour la nourriture en particulier, il n’exigeait que de bonnes choses. Mais les produits de qualité à l’époque étaient très chers ! Il aurait dû le savoir.

papa au banjo

papa à cheval

        Alors, un jour, je décidai d’aider ma maman à tricher. C’est amusant d’être la complice d’une maman quand on a six ans, même un court instant. Maman acheta un camembert 50% de matière grasse, bien moelleux, bien tendre. Dès lors que mon papa eut terminé ce camembert, moi je rentrai en jeu. Je m’empressai de cacher le couvercle sur lequel les 50% étaient indiqués, sous mon lit. Puis, quand ma maman retournait en course, elle achetait un camembert 30% de matière grasse, bien moins onéreux, et moi je faisais le transfert de couvercle. Mon papa était content. Il disait à Maman :

      -     Tu vois, un 50% c’est tout de même meilleur qu’un 30% !

           Je regardais ma maman et je riais sous cape. Si Papa  avait pris connaissance de la duperie, il nous aurait grondées  très fort et moi j’aurais rejoint  la cave noire avec violence. 

      Puis, un jour, j’ai pensé que ma maman pouvait aussi faire de précieuses économies avec les bouteilles de vin rouge.

     Il était environ 19 heures. L’heure du dîner approchait. Je me devais de mettre les couverts et tout ce qu’il fallait sur la table, de façon à ne plus avoir à me déplacer une fois le repas commencé. J’étais seule. Papa et Maman n’étaient  pas encore rentrés du travail.  La bouteille de vin de Papa était sur la table, légèrement entamée. L’idée me prit d’ajouter un peu d’eau dedans. Cela permettrait au niveau de monter et la bouteille durerait  ainsi plus longtemps. Innocemment, j’ajoutai de l’eau du broc dans la bouteille avec une  houillette (petit entonnoir) prévue à cet effet. Le vin ne s’éclaircissait  pas. C’était super ! À force de tricher avec les aliments, nous allions peut-être devenir riches.

    Papa et Maman arrivèrent vers 20 heures. Nous prîmes place  tous  les  trois  autour de la  table. Maman remplit  les  assiettes de potage aux légumes à ras le bord. Potage fait maison avec les poireaux de la voisine, c’est moins cher… Papa prit la bouteille de vin pour faire chabrot. En Berry, faire chabrot, c’est rincer l’assiette avec une lichette de vin. À brûle-pourpoint, mon papa ne ressentit pas l’eau dans le vin. Bravo ! Mon stratagème fonctionnait. Ce n’est qu’au moment du dessert que le drame arriva. Papa coupa un gros morceau de camembert, une chance que ce n’était que du 30 %, puis se versa un bon verre de rouge qui tache l’estomac. Et là j’entendis une grossièreté que je ne devais jamais dire :

-              Bon Dieu de bon Dieu ! Qui a coupé mon vin ?

       Maman me regarda. Je baissai la tête momentanément, abasourdie par le verbe haut de Papa. Un silence glacial tomba sur la cuisine.  Puis je lâchai spontanément :

      -   Ben… c’est moi Papa, pour qu’elle dure plus longtemps la bouteille de vin.   

    Mon père me retourna une paire de claques qui me fit voir trente-six chandelles. Je m’empourprai violemment, écrasée par la honte d’avoir mouillé le vin de Papa.

Conclusion :

 Le camembert : oui !

 Le pinard : non !

 Papa : 1 % de matière grise.

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bisous les copinettes et douce nuit

mimi

A demain♫