Qui n'a pas, dans sa jeunesse, fait quelques petites bêtises?

En voilà une qui, pour l'époque, était de taille . J'avais 7 ans

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Le patronage

 

      L’hiver 1957 avait été très rude.

 

       Les  jeudis d’hiver, Maman ne voulait pas que je demeure seule à la maison.  Dans le village, le curé organisait un patronage.

       Le patronage est un ensemble d'initiatives associatives destinées à protéger et à venir au secours des pauvres, à l'origine placé sous la protection d'un saint patron. Par extension, le terme désigne le local où se réunissent les enfants ou adolescents qui en bénéficient.  

      Nous nous retrouvions, tous les jeudis, une vingtaine d’enfants, dans une grande salle située derrière la paroisse, comportant une estrade, comme au théâtre. Au fond de la salle, des bancs. Au centre, un poêle posé sur une épaisse plaque de tôle, pour protéger le plancher. Monsieur le curé l’alimentait de bûches, afin que nous puissions avoir bien chaud, le temps du  film qu’il  nous passait tous les jeudis.

      Le film, en ce jeudi de décembre, était : « Ali Baba et les quarante voleurs ». J’étais heureuse comme une  grenouille dans la mare, car j’allais au cinéma pour la première fois. C’était un pur bonheur. J’étais si heureuse, que j’aurais aimé que le film ne s’arrêtât  jamais. Fernandel, ses pitreries et ses grandes dents, me faisaient éclater de rire.

      J’étais assise près du poêle à côté de ma copine Colette, celle à qui j’avais volé une écharpe rouge alors que j’étais en classe maternelle. Puis, soudain, le film s’arrêta. Monsieur le curé nous demanda de nous dégourdir les jambes, car c’était l’entracte.

      J’aurais préféré que le film continuât. Mes copains et copines léchaient nonchalamment leur roudoudou (coquillage garni de caramel coloré). Moi, je n’avais pas de roudoudou. Avec l’argent que m’avaient donné les grands-mères de mon quartier, quand j’effectuais leurs courses, j’avais acheté des pétards. J’aimais bien le bruit que provoquait ce genre de farces.  J’en allumai un et le déposai tout près de Colette, pour la voir tressaillir de surprise. Mais, hélas, le pétard roula vers le poêle et sa détonation fit sursauter  Monsieur le curé  affairé à l’alimenter encore et encore.

      -  Qui a fait ça ?

      Je ne répondais pas.

      -     Qui a fait ça ? Si personne ne se dénonce, j’évacue tout le monde. Plus de film !

      Il était rouge de colère, Monsieur le curé. Il soufflait comme un phoque. Fichu pétard ! Je levai alors timidement mon doigt. Le Père me demanda de sortir aussitôt.

      -      Tu sors, Michèle, et ne reviens pas. C’est fini pour aujourd’hui, le film. Ce que tu as fait aurait pu être très grave. On ne lance pas des pétards près d’un poêle.

      Je ne savais pas, moi. Les bras m’en sont tombés comme ceux de la Vénus de Milo. Je suis sortie dans le froid et, l’entracte terminé, j’ai tenté de revenir doucement dans la salle, sur la pointe des pieds. Dans l’obscurité, je pensais qu’il n’allait pas me voir, le curé. Mais, que nenni, il m’a vue. Mon regard, plus intense que toute supplique, le gênait un tantinet, mais il ne s’est pas laissé attendrir.

 

     Ce jeudi, je n’ai pas vu la fin d’« Ali Baba et les quarante voleurs». Je suis restée sur ma faim.  J’étais terriblement vexée. Je ne pensais pas avoir commis un acte aussi grave. Pourtant, Monsieur le Curé un jour m’avait dit :

      - Faute avouée est à moitié pardonnée…

       Eh bien ! il n’a pas tenu parole et, un curé qui ne tient pas sa parole, ce n’est pas bien. C’est un péché véniel.

      Papa et Maman n’ont jamais pris connaissance de ma bêtise. Sinon, j’aurais été punie deux fois.

      Le jeudi suivant, j’ai été sage comme une image. J’ai pu voir  le film de Laurel et Hardy en entier.

      Mieux vaut poser un pétard près d’un poêle que de le fumer.

      Et que Monsieur le curé n’oublie pas les paroles du curé d’Ars :

                        Nos fautes sont comme des grains de sable en face de la grande montagne des miséricordes de Dieu.

Allez, les amies, je file  à la pharmacie, il me manque des médicaments indispensables à ma petite santé précaire.

bisous à toutes