Bonsoir les copinettes! je suis rentrée courbatue d'une brocante, mais avant de dîner, je vous narre une petite histoire vécue qui m'est arrivée voici 59 ans.

***

 

 Ce jour-là, il faisait un temps splendide. Le soleil brillait de mille feux sur le Berry. La saison estivale débutait bien.

       La fille du patron de mon papa, Anne, de Paris, était en vacances dans sa belle demeure en Berry. Cette bâtisse s‘apparentait à un petit château de conte de fées. Elle se trouvait sur les hauteurs de St-Amand-Montrond. Parfois j’allais jouer avec Anne. Sa maison était si belle, que je n’osais y pénétrer. Je pensais que ce n’était pas pour moi, ce genre de châteaux.  Mais, ce jour, j’étais son invitée.

       J’allais bientôt avoir sept ans. J’arrivai toute penaude sur la verte pelouse, face à la belle demeure de briques ocre bordée de rosiers rouges et roses. En fait Anne m’invitait quand elle était toute seule, mais j’étais toutefois heureuse d’être son amusette du moment. De la fenêtre du salon, un piano jetait ses notes. « Un oranger sur le sol irlandais ». La voix d’une dame les accompagnait. Je connaissais cette romance pour l’avoir entendue dans la TSF, par Monsieur Bourvil.

        Anne me rejoignit enfin puis me dit :

      -     Rentre, Michèle, je vais te présenter ma tante, la sœur de Maman. Elle est chanteuse.

      -        J’arrive, Anne !

    La tante d’Anne s’appelait Lucie Dolène. C’était une chanteuse connue. J’étais toute émue devant la beauté de la dame, mais aussi, charmée par sa belle voix.

       Elle m’offrit un verre d’orangeade,  puis Anne me dit :

     -      Viens avec moi, nous allons chercher Jeannot sur le grand tertre. Il est parti faire son footing.

      -        C’est qui Jeannot ?

      -        C’est mon oncle, le mari de ma tante Lucie.

     Nous partîmes main dans la main à la recherche du tonton fugueur.

     -        Jeannot !!!!!!!!!!Jeannot !!!!!!!!!!!!!!

    Nous criâmes à tour de rôle le prénom du tonton quand, tout à coup, de derrière un buisson, sortit un homme, fort et gros, avec de grandes moustaches tombant de chaque côté de la bouche, le crâne dégarni. Il nous dit de sa voix d’ogre :

       -      Que cherchez vous les fillettes ?

           Surprise, je fis un bond en arrière. L’homme me sourit et me tapota la joue.

       -     Je te présente Jeannot, me dit Anne. Tu le connais bien, il chante « où sont passées mes pantoufles, mes pantoufles touf touf ».

      C’est à  ce moment précis que je compris que, devant moi, se trouvait Jean Constantin. Le chanteur favori de Maman qui sans cesse chantonnait ces paroles et riait en même temps de tout son cœur. J’en restai muette comme une carpe. Je béai d’admiration devant l’homme ventru et célèbre de surcroît.

        -      Parle, Michèle, me dit Anne. Il n’a encore pas mangé de petite fille, Tonton Jeannot.

      Oui, parler, mais quoi dire ?

      Nous rentrâmes tous les trois au château. Nous nous assîmes sur la pelouse. Jean me dédicaça des photos de lui. Il me posait plein de questions, pour me mettre à l’aise, et tout à coup il me demanda :

      -    Michèle, sais-tu où il y a des boîtes de nuit à St-Amand ?

      Boîtes de nuit ?  Ces mots me laissèrent perplexe. Je ne savais même pas qu’il y avait des boîtes de jour, comment aurais-je su qu’il y avait de nuit ? Je pensai : «  c’est quoi une boîte de nuit ? » Je n’osai le lui demander, de peur de paraître sotte. Alors je lui répondis :

     -        Je ne sais pas Monsieur. Je demanderai ce soir à mes parents.      

       Le soir venu, je quittai le petit château et ses charmants hôtes. Je rentrai dans ma vieille masure, comme Cendrillon, et je demandai à Papa et Maman :

-             Il y a des boîtes de nuit où, à St-Amand ?

       Et là, mon papa me retourna une paire de gifles. Et quand je dis que c’était Jean Constantin que me l’avait demandé, il m’en retourna une autre paire.

     On n’a pas idée aussi de demander des choses comme ça à une môme de sept ans à peine !  MDR

      Mes parents ne m’ont pas crue. Jamais la rage n’avait autant gonflé mon p’tit cœur candide, mais je me moquais de ce châtiment, j’avais rencontré Jean Constantin.  Le chanteur préféré de Maman.

            Je ne fus reconnue innocente que bien plus tard, lorsque le patron de Papa lui confirma que Jean Constantin avait bel et bien  passé cette journée en ma compagnie.

       Je ne revis jamais ce chanteur sympa. Seulement quelques années plus tard, à la télévision.

       Je n’avais pas perdu ma pantoufle de vair, en quittant le château…

 

       Mais, où était donc passée cette pantoufle ?

bisous et douce nuit à vous

MIMI